L'historien Roger Chartier rend compte dans cet article du dernier livre de François Bon, qui s'intitule ironiquement : Après le livre.

Sommes-nous partie prenante d'une "mutation de l'écrit plus radicale encore que celles qui substituèrent le codex au rouleau, puis l'imprimé à la copie manuscrite" ? Les ruptures ne sont "peut-être pas aussi brutales qu'il y pourrait paraître", relève R. Chartier : "Certes, le livre électronique n'offre plus les repérages que permettait la matérialité même du livre imprimé, avec son volume qui donnait à voir la dimension de l'ouvrage et ses pages qui en organisaient les divisions, mais, pour autant, "on n'est pas si perdu que ça dans un livre [ou une revue] numérique" grâce aux dispositifs qui en scandent et organisent les textes."

Pour F. Bon, ce qui a changé n'est pas tant le livre, que "notre rapport aux écrits", souligne encore R. Chartier : "En permettant conversations et débats sur la même "page" que le texte qui en est l'objet, ["l'écriture Web"] efface le cloisonnement entre écrire et lire, favorise l'écriture collective et fait perdre à l'écrivain solitaire sa souveraine autorité. Ce mode de publication donne à lire les œuvres dans leur mouvement, dans chacun de leurs états successifs, toujours "ouverts aux réécritures", et, de ce fait, il abolit la distinction tranchée entre brouillons* et texte définitif."

Mais cette "abolition" est-elle souhaitable ? Et l'écriture "collective" un bien en soi ?

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Source : Le Monde, 22/09/11

(* Pierre-Marc de Biasi, qui s'intéresse à la génétique littéraire, s'inquiète au contraire de voir ces brouillons disparaître.)